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Faire découvrir, faire comprendre, faire aimer la Hongrie et Budapest

Vues de Budapest - Hongrie

Faire découvrir, faire comprendre, faire aimer la Hongrie et Budapest

Umberto Eco : "Le cimetière de Prague"

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Titre: Le cimetière de Prague
Auteur: Umberto Eco
Année de parution: 2011
Éditeur: Grasset

 

 

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      Je lis très rarement des auteurs contemporains, par méconnaissance, par peur de perdre mon temps. Toutefois j'ai le plus grand respect pour Umberto Eco que je considère comme le grand italien de la fin du XX e siècle (il est né en 1932). Alors, lorsque j'ai vu son dernier roman chez une amie, je n'ai pas pu résister. Je l'ai glisser discrètement dans mon sac et j'ai commencé à le lire en arrivant chez moi.

       Umberto Eco nous plonge dans le XIXe siècle, sa seconde partie en particuliers. La narration est très riche et habilement menée et je ne voudrais pas trop en dire au risque de vous priver d'une partie du plaisir. La langue est élégante et Eco donne à la narration un ton cynique et, pour moi, souvent drôle.
      Le récit est basé sur le journal du « capitaine » Simoni, un faussaire turinois réfugié à Paris. Il sera au contact d'évènements et personnalités marquants : Garibaldi, l'affaire Dreyfus, Les Protocoles des Sages de Sion, la Commune, les Carbonaris etc...

      « Le cimetière de Prague » a été une lecture passionnante mais aussi très enrichissante et qui m'a poussé (et me pousse toujours) vers une réflexion sur l'actualité (au sens noble du terme).

Je vous propose quelques extraits qui m'ont marqué :

      « les gens dévorent les aventures de terre ou de mer ou les histoires criminelles par simple plaisir, puis oublient facilement ce qu'ils ont appris et, quand on leur fait prendre pour argent comptant ce qu'ils ont lu dans un roman, ils ne s'avisent pque vaguement qu'ils avaient déjà entendu parler, et ils ont confirmation de leurs croyances » p.397

     « Il faut un ennemi pour donner au peuple un espoir. Quelqu'un a dit que le patriotisme est le dernier refuge des canailles : qui n'a pas de principes moraux se drape d'habitude dans une bannière, et les bâtards se réclament toujours de la pureté de la race. L'identité nationale est la dernière ressources des déshérités. Or le sentiment de l'indentité se fonde sur la haine, sur la haine de qui n'est pas identique. Il faut cultiver la haine comme passion civile. L'ennemi est l'ami des peuples. Il faut toujours quelqu'un a haïr pour se sentir justifié sa propre haine. La haine est la vraie passion primordiale. C'est l'amour qui est une situation anormale » p.426

Le mieux pour parler de ce livre est peut être finalement de laisser parler Monsieur Eco qui s'exprime tellement mieux que moi. Voilà donc sa lettre aux libraires :

      « Chers libraires, le dix-neuvième siècle regorge d’événements plus ou moins mystérieux : les Protocoles des sages de Sion, célèbre faux qui incita Hitler à mettre en place l’Holocauste, l’affaire Dreyfus, mais aussi de nombreuses intrigues impliquant les services secrets de plusieurs nations, des loges maçonniques, des conspirations jésuites, ainsi que d’autres épisodes qui, s’ils n’étaient avérés, inspireraient des feuilletons comme ceux d’il y a 150 ans.
       Ce roman est un récit à épisodes, dont tous les personnages – protagoniste mis à part – ont réellement existé, jusqu’au grand-père du héros, auteur d’une mystérieuse missive à l’abbé Barruel, lettre qui engendra l’antisémitisme moderne.
      Le seul personnage de fiction du roman (mais qui ne nous en rappelle pas moins de nombreuses personnes croisées au hasard de nos rencontres) devient ainsi l’auteur de diverses machinations et complots, tandis qu’en toile de fond d’extraordinaires coups de théâtre se succèdent : les cani-veaux se remplissent de cadavres, les bateaux explosent alors qu’un vol-can entre en éruption, des abbés sont poignardés, des notables portent des barbes postiches, des satanistes hystériques célèbrent des messes noires, etc. L’ouvrage est illustré, à l’instar des feuilletons d’autrefois. Ces images sont des documents d’époque, et pourraient ainsi éveiller une certaine nostalgie chez le lecteur désireux de retrouver les livres de sa jeunesse.
      Je m’adresse également à deux autres types de lecteurs. D’abord à celui qui n’a aucune idée que ces événements ont réellement eu lieu, qui ne connaît rien à la littérature du dix-neuvième siècle et qui, donc, a pris Dan Brown pour argent comptant et se délectera avec une satisfaction sadique de ce qu’il pensera être une invention perverse, ce qui vaut également pour le personnage principal, que j’ai voulu le plus cynique et le plus exécrable de toute l’histoire de la littérature. Mais je m’adresse aussi à celui qui sait, ou du moins se doute, que je relate des faits avérés et qui, peut-être, se rendra compte que la sueur perle à son front, lancera des regards inquiets par-dessus son épaule, allumera toutes les lumières de son appartement, et devinera qu’il n’est pas à l’abri et que tout cela pourrait arriver aujourd’hui aussi – d’ailleurs, peut-être est-ce le cas en ce moment même. Et il pensera alors, comme je l’espère : « Ils sont parmi nous… »
Umberto Eco

 

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Anne 15/01/2012 14:22

Erreur réparée, le lien est ajouté ! A découvrir, du même auteur, le désormais classique : Le nom de la rose.

Michaël Lefebvre 15/01/2012 14:25



Bien sur! Ainsi que son travail de sémioticien et de philosophe qui sont à ne pas manquer!



Anne 15/01/2012 14:13

C'est un livre et un auteur très intéressants, mais il me semble qu'il écrit en français (et publié en France aussi...) donc il n'entre pas dans le cadre de ce challenge... ou je me trompe ?

Michaël Lefebvre 15/01/2012 14:25



Je crois que tu as vérifié par toi-même, mais il a été écrit en italien même si monsieur Eco parle très bien français.