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Faire découvrir, faire comprendre, faire aimer la Hongrie et Budapest

Vues de Budapest - Hongrie

Faire découvrir, faire comprendre, faire aimer la Hongrie et Budapest

Robert Paxton : La situation en Hongrie après la Première Guerre Mondiale

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    Robert Paxton est un historien américain célèbre pour son travail sur la France de l'Occupation et en particuliers sur le gouvernement de Vichy. Son travail de remise en cause du mythe du « bouclier de Vichy » est même connu sous le nom de « révolution paxtonienne ».

    Mais il a également travaillé sur le fascisme dans le « Le fascisme en action » (Anatomy of fascim), 2004 au Seuil pour l'édition française.

    Ce sont quelques extraits de ce livre sur la Hongrie que je souhaite vous proposer en vous conseillons très fortement à acheter ce livre.

Pourquoi ce choix de partager cette lecture ? Pas simplement parce que l'Histoire m'a toujours intéressé, mais beaucoup plus parce que aujourd'hui plus encore que jamais, le fait de se replonger dans cette période permet de nous aider à mieux voir ce qui se passe aujourd'hui. En France comme en Hongrie.

 

Chapitre 2 : La création des mouvements fascistes

 

    Comme l’Italie, la Hongrie était un terrain fertile pour qu’apparût spontanément, sans que ce fût l’imitation de quiconque, un mouvement qui, s’il ne se donna pas le nom de fascisme, lui ressemblait beaucoup. Le pays avait subi les pertes territoriales les plus calamiteuses de tous les belligérants du camp des vaincus, à la fin de la Première Guerre mondiale – plus que l’Allemagne elle-même. Avant le conflit, la Hongrie partageait le pouvoir de la puissante monarchie à deux têtes, l’Autriche-Hongrie, l’empire des Habsbourg. La moitié hongroise de cet empire – le royaume de Hongrie régnait sur un monde multilingue formé de Slaves, de Roumains, de Slovaques et de bien d’autres, au milieu desquels les Hongrois jouissaient d’une position privilégiée. […] Les Alliés victorieux amputèrent [le royaume de Hongrie] de 70% de son territoire d’avant-guerre et de presque des 2/3 de sa population par le traité léonin de Trianon, signé, non sans protestations, le 4 juin 1920.

 

    Lors des journées chaotiques qui suivirent l'armistice, en 1918, tandis que les sujets de la partie hongroise de l'empire – Roumains, Slaves du Sud, Slovaques – entreprenaient de gouverner leurs territoires sous la protection des Alliés, un noble audacieux, le comte Mihàly Kàrolyi, fit le pari qu'en établissant une démocratie authentique dans l e cadre d'une Hongrie fédérale où les différents peuples jouiraient d'une grande autonomie, il atténuerait l'hostilité des Alliés et ferait accepter le maintien des frontières historiques du pays. Kàrolyi perdu ce pari. Les armées françaises et serbes occupèrent la portion sud du pays tandis que les troupes roumaines, soutenus par les Alliés, s'emparaient des vastes plaines de Transylvanie. Ces annexions paraissaient permanentes. Incapable de convaincre les autorités françaises d'y mettre le holà, le comte Kàrolyi abandonna le peu de pouvoir qu'il avait à la fin mars 1919.

    C'est une coalition socialo-communiste qui prit alors les commandes à Budapest. Avec un intellectuel révolutionnaire juif à sa tête, Béla Kun, le nouveau gouvernement eut même brièvement le soutien de certains officiers de l'armée, en faisant miroiter l'idée que la Russie bolchevique serait un appui plus solide que les Alliés pour aider la Hongrie à survivre. Lénine n'était cependant pas en mesure de venir au secours de la Hongrie ; et su le gouvernement Kun réussit à reconquérir quelques territoires occupés par les Slovaques, il adopta simultanément des mesures socialistes radicales. Kun proclama la naissance d'une République soviétique à Budapest en mai 1919, et la dictature du prolétariat le 25 juin suivant.

 

Placés sous le double défi sans précédent d'un démantèlement territorial et d'une révolution sociale, les élites du pays choisirent de combattre celle-ci plus vigoureusement ue celui-là. Elles mirent en place un gouvernement provisoire à Szeged, ville de province dans le sud-est du pays, alors sous occupation franco-serbe, et n'intervinrent pas lorsque les Roumains firent mouvement pour s'emparer de Budapest, dont Kun s'était déjà enfui. Il s'ensuivit une contre-révolution sanglante qui fit entre cinq et six mille victimes, soit dix fois plus que celle du régime soviétique.

La contre-révolution hongroise présentait deux visages. Ses plus hauts dirigeants, venues des élites traditionnelles, constituaient le premier ; parmi elles, le dernier commandant de la Marine austro-hongroise, l'amiral Miklos Horthy, devint peu à peu le personnage dominant. Le second composé de ceux qui estimaient que les formes traditionnelles d'autorité n'étaient pas suffisantes pour venir à bout de la situation d'urgence dans laquelle la Hongrie. Avec à sa tête le capitaine Gyula Gömbös, un groupe de jeunes officiers fonda un mouvement qui présentait de nombreuses caractéristiques du fascisme.

 

   Gömbös est son groupe avaient pour objectif de mobiliser une base populaire de militants en vue de lancer une rénovation nationale, différente du libéralisme parlementaire (car la démocratie du comte Kàrolyi étaut à présent aussi discréditée que le Soviet de Kun), comme d'une dictature à l'ancienne mode, gouvernant d'en haut. Leur comité antibolchévique était violemment antisémite (Béla Kun était juif, ainsi que 32 de ses 45 commissaires). Gömbös et son groupe n'avaient pas pour but de restaurer l'ancienne autorité traditionnelle, mais de la remplacer par quelque chose de plus dynamique, enraciné dans le nationalisme populaire et les passions xénophobes, et s'exprimant à travers les mythes et symboles hongrois traditionnels. Pour le moment, l'amiral Horthy et les conservateurs arrivaient à gouverner sans faire appel aux jeunes officiers, mais Gömbös fut le Premier ministre de Horthy en 1932-1935 et consolida son alliance avec Mussolini pour contrer la montée en puissance de l'Allemagne.

p.47-49

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