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Faire découvrir, faire comprendre, faire aimer la Hongrie et Budapest

Vues de Budapest - Hongrie

Faire découvrir, faire comprendre, faire aimer la Hongrie et Budapest

Madeleine Ferrières, « Histoire des peurs alimentaires. Du Moyen Age à l'aube du XX ème siècle » 2001

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         Cela fait un bon nombre d'années que je m'étais promis de lire sur ce livre de mon ancienne directrice de recherche. C'est chose faite et j'en suis bien satisfait car nous avons avec cette « Histoires des peurs alimentaires » un ouvrage qui peut enrichir notre réflexion sur bien des aspects et des domaines de notre époque. Je vous propose juste une résumé du livre et quelques extraits très brièvement annotés. Bonne lecture!

 

Résumé du livre

         Au-delà de la peur de manquer, de la famine, angoisse prégnante en Occident jusqu'à une période encore récente, il y a la crainte de manger du corrompu, du malsain, de l'immonde. En même temps que l'Occident a cherché à réduire la pénurie, il a mis sous surveillance l'ensemble de la chaîne alimentaire. Notre comportement actuel vis-à-vis de la nourriture a donc une longue histoire que Madeleine Ferrières s'attache à reconstituer. Des règlements médiévaux de boucherie aux perspectives géniales de Giovanni Lancisi, médecin de la cour pontificale au début du XVIIIème siècle ; du conflit entre symbolique faste ou néfaste des aliments et médecine et hygiénisme, mais aussi, la peur des poisons, levures, plantes ou légumes importés ; de la suspicion à l'endroit du cuivre ou des conserves à la mise en cause de l'air vicié des villes, l'Occident invente, avec précaution et prévention, un ordre alimentaire illustré de manière éloquente au début du XXème siècle par le Pure Food and Drug Act américain. Mais cette invention n'est pas allée sans une autre : celle du consommateur. Rassasié, revendiquant une 'bonne bouffe', prudent, il appartient à l'utopie de l'abondance et de la sécurité.

 

 

« Deux images en particuliers structurent la représentation du corps [au Moyen-Age].

La première métaphore est celle de la machine. Donc, le corps est une machine, où le cœur et le cerveau, le foie et les testicule se disputent la primauté, mais sans qu'il y ait une hiérarchie des organes bien définie. Un autre organe, directement branché sur le foie, est considéré comme le roi des viscères, c'est l'estomac, un des trois moteurs de cette machine corporelle, puisque avec le cœur et le cerveau il est un des foyers de chaleur vitale. Ainsi chauffé, il transmue ce que nous mangeons en quatre humeurs, liquides ou humides, qui imprègnent le corps et l'entretiennent en santé. L'estomac est d'abord figuré comme une marmite où s'effectue la coction, c'est-à-dire la cuisson des aliments. […]

La seconde image, étroitement associée à la première, est celle de la cuisine comme modèle explicatif de la digestion. Au bout de cette transformation mystérieuse qui s'opère par coctions successives, c'est-à-dire par des cuissons répétées, les aliments ingérés deviennent des humeurs. Le phlegme, humeur de nature froide et humide, localisé dans le cerveau, est une humeur mal cuite, le sang un modèle de cuisson à point, la bile et la mélancolie sont trop cuites » p76-77

      N'est-il pas intéressant de voir qu'en Europe aussi notre approche du corps, et de son fonctionnement, semble se rapprocher de la médecine orientale? Je suis loin d'y connaître grand chose mais j'aurai bien envie de creuser le sujet. Des recommandations d'ouvrages sur le sujet?

 

 

 

« Les plus anciens livres de cuisinent anglais s'ouvrent sur un chapitre obligé : comment savoir acheter? La réponse est simple : il suffit de se servir des cinq sens, ces forces cognitives – comme disent les scolastiques – qui sont présents dans le cerveau de chaque homme » p95

     Aujourd'hui la vue est devenue la maîtresse des autres sens...peu importe que la tomate, la pomme ou les fraises n'aient pas de goût pourvu qu'elles soient belles!

 

 

 

 

« La réflexion cartésienne – à la différence de la philosophie traditionnelle – ne pose pas directement la question du statut des animaux. Ce qui intéresse Descartes, c'est l'homme. […] Descartes est catégorique : « Le plus grand de tous les préjugés de notre enfance, c'est de croire que les bêtes pensent. » Le « cogito » est le propre de l'homme. Par lui, Descartes creuse le fossé qui sépare l'humanité de l'animalité. La différence ne saurait être de degré, c'est une différence de niveau, un saut qualitatif. Il sexiste une radicale séparation entre l'homme doué de raison et l'animal qui n'est qu'une « machine », douée d'instinct, de réflexes, mais rien d'autre. Remuer la queue, par exemple, pour un chien signale un réflexe, mais ne saurait être interprété comme une sorte de langage. Car le langage est étroitement lié à une faculté de cogitation. » p255

     Je me découvre cartésien sur le coup...

 

 

 

« C'est que les relations entre l'homme, ici le citadin, et les animaux sont en voie de recomposition [au début du 19ème siècle]. Le déménagement des abattoirs est contemporain de l'émergence du souci de protection de l'animal. […] En 1833, la loi interdit les combats d'animaux dans Paris, En 1850, la loi Grammont pénalise les mauvais traitements infligés aux animaux domestiques. […] Une autre sensibilité s'infléchit parallèlement, celle du rapport entre le citadin et la chair animale. Entre ce que l'on voit et ce que l'on mange, une disjonction s'opère, et la viande n'a plus de lien avec l'animal vivant : elle devient anonyme, anodine, sans histoire. » p354

     En Hongrie – et sans doute ailleurs – on tue encore durant l'hiver le cochon. Je trouve ça sain de garder un certain contact avec la réalité de ce qu'est la viande.

 

 

 

« Les diététiciens enseignent [après la révolution pasteurienne] qu'il ne saurait y avoir de bonne digestion sans un bon moral : « Évitez les préoccupations et surtout ne lisez pas les journaux politiques! » […] Le rôle de l'État est de ne pas alarmer, et, s'il y a alarme, de tranquilliser. […] Ne pas cracher, faire bouillir...sont les deux mots d'ordres à diffuser dans les campagnes hygiéniques » p400

     Ok, je ne cracherai plus par terre...!

 

 

 

« Mais le plus grand succès est celui du « Docteur » John Harvey Kellogg, un prédicateur adventiste et un diététicien qui compte dans sa clientèle le futur président Théodore Roosevelt. Kellog prône les aliments purs, dans une perspective idéologique très impure, puisqu'elle mélange étroitement considérations religieuses et préoccupations sanitaires. [...]

En 1895, le Dr Kellog lance sur le marché des corn flakes, prêts à manger. Il recommande d'abandonner le breakfast roboratif à base de charcuterie, d'œufs et de bière pour du lait, des céréales. »  p425

     Un petit-déjeuner adventiste ou anglais?

 

 

 

« La dernière clé pour tenter d'interpréter ces peurs et le statut de l'aliment. Il n'est pas un donné qui va de soi, et la notion de qualité est un des concepts les plus mous de l'histoire de l'alimentation. Qu'attend-on de l'aliment? Qu'il soit salubre et nous entretienne en bonne santé? Qu'il soit savoureux et nous donne le plaisir que l'on partage autour d'une bonne table? Ou les trois bienfaits à la fois : plaisir gustatif, convivialité, santé? Chaque période, chaque culture met l'accent sur telle ou telle valeur. » p436

 

 

     Conclusion.

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Michaël Lefebvre 13/12/2010 08:36


ça à l'air d'être un sacré numéro que ce bon docteur Kellog...


Michaël Lefebvre 28/07/2013 15:49







Damien 12/12/2010 18:11


ça à l'air bien interessant ce bouquin. Au fait, c'est marrant mais la semaine dernière je lisais un truc ayant rapport avec Kellog (sur l'hygiène mais cette fois sexuelle et morale):
"Un remède presque toujours efficace contre la masturbation chez les jeunes garçons est la circoncision. L’opération doit être faite par un chirurgien sans anesthésie, car la douleur de courte
durée pendant cette opération a un effet salutaire sur l’esprit, surtout si elle est associée à l’idée de punition. Pour ce qui est des femelles, l’auteur a découvert que l’application de phénol
pur sur le clitoris était un excellent moyen de maîtriser l’excitation anormale."


Michaël Lefebvre 20/11/2011 16:02



Alors depuis ce billet, tu as eu le temps de lire ce livre ou pas?