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Faire découvrir, faire comprendre, faire aimer la Hongrie et Budapest

Vues de Budapest - Hongrie

Faire découvrir, faire comprendre, faire aimer la Hongrie et Budapest

FLE - Compréhension de texte B2 - thème l'individu et la société : Une fillette sans enfance

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Une fillette sans enfance

 

Safia, 23 ans est l'une des premières victimes prises en charge par le CCEM (Comité Contre l'Esclavage Moderne). Depuis, des dizaines de vies brisées et bafouées ont été signalées au Comité. Toutes sont aussi dramatiques.

 

J'étais heureuse à Argessa (Somalie). Après la mort de mes parents, je vivais auprès de ma grand-mère. Trop pauvre, elle s'est pourtant résignée à me confier à l'oncle Yussuf de Djibouti. Lui s'est vite débarrassé de moi en me donnant à Naïma. Ses enfants allaient à l'école. Moi et Alia, une petite fille de 8 ans comme moi, devions travailler. Nous nous levions vers 4 heures du matin pour faire le ménage, laver le linge à la main et cuisiner. Ces tâches duraient toute la journée, encore et encore, parfois jusqu'au milieu de la nuit. Naïma prenait plaisir à nous battre. J'ai fui à trois reprises mais la police m'a toujours ramenée. Naïma disait que j'avais volé.

 

Nous sommes partis en France pour vivre dans un appartement triste de la banlieue parisienne. Je dormais sur un tapis dans la salle de bain sans chauffage. J'y mangeais aussi les restes des rapas familiaux.

 

Naïma me battait régulièrement pour un oui, pour un non. Elle me disait que j'étais son esclave. Jusqu'au jour où je me suis enfuie de nouveau, blessée, avec mes plaies « soignées » à l'eau de Javel. Les policiers m'ont découverte dans une cabine téléphonique où je m'étais réfugiée et m'ont conduite à l'hôpital. Je n'étais pas belle à voir : tuberculose, lésions auditives dues aux coups, hématomes sur le visage, mes mains n'avaient plus d'ongles. La police a enquêté et retrouvé Naïma. Elle a brandi son immunité diplomatique. Elle travaillait pour l'ambassade de Djibouti. Le procureur a dû classer l'affaire.

Françoise et Joëlle, deux assistantes sociales se sont occupées de moi. Elles ont découvert que rien n'était prévu pour des gens dans ma situation. Elles m'ont logée, soignée, et vêtue convenablement. Avec elles, j'ai appris mes premiers mots de français.

Des membres du Comité sont venus. Ils voulaient connaître ce qui m'était arrivé. Abritée derrière l'immunité diplomatique, l'ambassade de Djibouti a refusé de coopérer. La justice n'a pas pu m'aider. Sûre de son impunité, Naïma a émigré avec ses enfants au Canada. Le CCEM a alerté les autorités de ce pays. Sans résultats pour l'instant. Les médias aussi ont beaucoup parlé de moi. Suite à un appel lancé par le CCEM sur France Inter, j'ai rencontré Bernadette et Patrice, am nouvelle famille.

 

Aujourd'hui je vis chez eux à la campagne. Je perfectionne mon français dans ma chambre jaune, ma couleur préférée, entourée de posters des Spice Girls. Grâce à cette famille et à tous les gens révoltés par mon histoire, j'ai l'impression pour la première fois de vivre.

 

Propos recueillis par Marc Béziat in « Le Point », novembre 1998.

 

 

  1. Pourquoi et comment Safia s'est-elle retrouvé esclave à Paris?

  2. Pourquoi Naïma n'a-t-elle pas été condamnée par la justice française?

  3. Quel rôle a joué le CCEM dans la vie de Safia?

  4. Pouvez-vous expliquez la dernière phrases?

  5. A votre avis, quel effet l'auteur du texte veut-il produire sur le lecteur? Quels moyens utilise-t-il? Justifiez votre réponse.

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