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Faire découvrir, faire comprendre, faire aimer la Hongrie et Budapest

Vues de Budapest - Hongrie

Faire découvrir, faire comprendre, faire aimer la Hongrie et Budapest

Le faon, de Magda Szabó

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Cet article est reposté depuis La culture se partage.

Le faon est un roman de Magda Szabó paru chez Viviane Hamy en janvier 2008 (220 pages, 21 €, ISBN 978-2-87858-236-5). Az őz est traduit du hongrois par Suzanne Cannard.

 

Il y a quelques mois, je vous parlais de la littérature hongroise avec Magda Szabó. Voici maintenant un de ses premiers romans, Le faon publié en 1959.

 

Eszter est une comédienne célèbre mais sa biographie officielle est fausse : « Je ne sais que mentir ou me taire. Ma biographie est un mensonge. » (page 14). Pourtant après s'être blessée le pied droit, des souvenirs remontent à la surface et elle raconte son enfance, dans les années 30, son adolescence, la guerre, ses années d'études, ses débuts au théâtre avec Pipo, ses aventures et l'homme qu'elle aime.

Bien sûr, elle est née dans une famille aristocrate, mais ruinée, et ses parents étaient vraiment pauvres. Elle n'avait même pas l'uniforme scolaire réglementaire et elle portait les vieilles chaussures de sa tante Irma qui lui faisaient horriblement mal aux pieds. C'était pourtant son arrière-grand-père, Mozes Encsy, qui avait fondé le collège qu'elle ne fréquentait que parce qu'elle avait pu recevoir une bourse...

« Un jour que nous étions dans une telle détresse que nous n'avions rien à donner à dîner à Père, je volai des œufs. Il ne restait que des haricots et des pois chiches, qu'il ne digérait pas. » (page 27).

Après la destruction de leur maison suite à un bombardement, Eszter et ses parents ont dû quitter la propriété familiale et vivre sans domestique dans une petite maison. « Père n'acceptait de défendre que les causes qui lui semblaient justes, de telle sorte qu'il ne gagnait quasiment rien. » (page 28). Qu'à cela ne tienne, si son mari ne veut pas plaider et préfère s'occuper de ses plantes, la mère décide de donner des leçons de piano. Pour ne pas que sa mère abîme ses mains, Eszter s'occupe de la maison, de son père, de ses devoirs, elle en a gardé une haine de la musique.

Puis, elle est tombée amoureuse mais le garçon, Karoly l'a battue . Elle a jalousé Angela qui possédait un faon et cette jalousie a perduré (d'où le titre) : « Aujourd'hui, elle n'est plus belle, [...] elle connaîtra la pauvreté. Et elle redeviendra poussière. » (page 40). Elle a fait face à la mort, celle de la mère de Gizi tuée par le mari trompé, celle de son père, à l'indifférence de ses parents : « [...] je savais que j'avais peu compté pour eux tant ils représentaient tout l'un pour l'autre. » (page 77).

Eszter a compris très tôt les choses de la vie : « La bonté m'a toujours paru suspecte. Je n'ai jamais cru que la bonté fut naturelle. J'estimais qu'une bonne action payait un service rendu ou attendu. » (page 86).

Et puis elle apprend que l'homme qu'elle aime, Lörinc, est marié avec Angela. Angela qui était une parfaite élève, une gentille fille prête à toujours rendre service, Angela qui était la fille du juge mais dont la famille avait dû quitter précipitamment la ville après la mort du fils, Emil. Angela qu'Eszter avait jalousée, aimée et détestée à la fois... « Ce serait affreux si Angela s'apercevait de quelque chose. La pauvre petite chérie ne sait rien encore. Elle a reposé sa tasse et ma regardée. J'ai reposé la mienne en souriant : Il faudrait la mettre au courant. [...] Elza [...] comprit que si elle voulait l'aider, il ne lui restait qu'à se taire. » (page 151). « Es-tu folle ? [...] Tu ne t'es donc pas encore aperçue, Eszter, que c'est toi que j'aime et non pas Angela ? » (page 167).

 

Les souvenirs d'Eszter, à la fois nostalgique et cynique, dans un récit d'une grande sincérité qu'elle rédige à l'homme aimé mais qui lui échappe comme si elle n'était pas digne de lui, pas digne à cause de sa pauvreté, de ses mensonges, de sa jalousie, symbolisée par le faon.

Une lecture enrichissante et puissante, qui montre la Hongrie, la guerre, la vie et l'âme humaine, mais aussi une lecture pas facile (j'ai laissé traîné le livre parfois, parce que j'avais besoin de lire autre chose, de plus serein, de plus léger).

J'avais déjà lu Rue Katalin et à l'occasion, je le relirai pour vous en parler ou alors je lirai La porte ou La balade d'Iza ou Le vieux puits mais pas dans l'immédiat (PàL archi-pleine !).

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