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Faire découvrir, faire comprendre, faire aimer la Hongrie et Budapest

Vues de Budapest - Hongrie

Faire découvrir, faire comprendre, faire aimer la Hongrie et Budapest

L'odyssée de jeunes exilés hongrois de 56 en Suisse et de leurs descendants - par Maya Rouget Siguis

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Maya Rouget Siguis (marousiguis@gmail.com)  a écrit un manuscrit qui retrace l'odyssée de jeunes exilés hongrois de 1956 en Suisse et de leurs descendants à travers une trame qui pose les questions de la transmission et plus largement d'une histoire aux accents poétiques qui fait la part belle aux expériences d'illuminations esthétiques.

Elle aimerait soumettre mon manuscrit à l'appréciation d'un éditeur hongrois francophone, avis à la population!

 L'odyssée de jeunes exilés hongrois de 56 en Suisse et de leurs descendants - par Maya Rouget Siguis



Il poursuivit lui racontant alors comment son père, Mátyás, jeune étudiant en mathématiques  tout juste âgé de dix-neuf ans avait vu en quelques jours sa ville sombrer dans le chaos de l’insurrection populaire.
Bélà se livra passionné à une véritable leçon d’histoire et rappela que seulement quelques jours avant l’insurrection hongroise, dans le contexte général de déstalinisation d’après 1953, la Pologne avait porté au pouvoir Władysław Gomulka à l’origine dans son pays d’une révolution alors qualifiée de « douce » car L’URSS, qui avait dans un premier temps mobilisé l’Armée rouge pour réprimer le mouvement contestataire, avait reculé, finalement rassurée par Gomulka qui, bien que « réformiste », demeurait communiste et pro-soviétique.
A la suite de ces événements, le 23 octobre, le bruit avait couru partout dans Budapest qu’un rassemblement devait avoir lieu le soir devant le monument au général Bem, héros national polonais et hongrois, pour soutenir la Pologne et dans le même élan, demander des réformes pour la Hongrie.
Plus de vingt mille personnes y avaient afflué spontanément et le soir du 23 octobre, la manifestation se transforma en réunion politique demandant le retour au pouvoir d’Imre Nagy, ancien chef du gouvernement, réformiste auparavant évincé par les Staliniens. Au même titre que les Polonais, les communistes hongrois espéraient eux aussi accéder au communisme national et le peuple entier s’était soulevé, étudiants, ouvriers, paysans, artistes, soldats, cadres… confiants et déterminés.
Tandis que la manifestation s’était mise en branle vers le parlement hongrois, grossissant extraordinairement au fil des heures, une délégation étudiante entrée par effraction dans la maison de la radio nationale pour y diffuser ses revendications avait été arrêtée. Et au moment où la libération des étudiants fut demandée par les deux cent mille manifestants devant le parlement , la Államvédelmi Hatóság ouvrit le feu sur la population rassemblée.
Les nouvelles de ces violences se répandirent comme une trainée de poudre et des émeutes éclatèrent dans toute la capitale transformant la manifestation en soulèvement armé. On déboulonna la statue de Staline dans la foulée.

Pendant cinq jours Mátyás, armé, avait combattu dans les rues parmi les chars calcinés par les cocktail Molotov que la jeunesse lançait sur les autorités, à défaut de grenades.
Pour se protéger, on avait érigé des barricades avec les tramways, les voitures renversées et les gravats. Les rues étaient défoncées et les immeubles criblés de balles. Il n’y avait plus d’électricité car le courant avait été coupé, les fils électriques qui jonchaient la chaussée risquant de provoquer des électrocutions. La ville était donc particulièrement saccagée et dangereuse.
Comme des milliers d’autres étudiants, Mátyás avait rallié les milices constituées par le peuple pour affronter l’Autorité de protection de l’Etat, l’ÁVH. Son jeune frère s’était joint à lui, comme de nombreux gamins qui portaient des drapeaux vert blanc rouge à la boutonnière, ces « gavroches de Pest » et qui, munis d’armes, soutenaient les combattants du peuple assistant parfois à de sanglants règlements de compte. De sinistres potences se dressaient ça et là, d’où pendaient par les pieds des membres de l’ÁVH victimes des farouches représailles d’une population oppressée par la dictature. De la maison de la radio aux murs défoncés, des étudiants émettaient, libérant la parole populaire du bâillon de la répression. On ôta les symboles communistes des drapeaux et des bâtisses, les mémoriaux militaires furent vandalisés et la littérature marxiste livrée aux flammes des autodafés.
La révolte antitotalitaire s'étendit à toute la Hongrie où dans les grandes villes, des comités révolutionnaires prirent le pouvoir, entraînant la chute du gouvernement.

Bélà expliqua ensuite comment l’intervention sanglante des blindés soviétiques avait balayé  tous les espoirs suscités par la Révolution. On tuait et on arrêtait à tours de bras. L’Union soviétique renforçait son emprise sur l'Europe centrale par la terreur engendrant une cruelle désillusion. Ce qui marquait un soulèvement démocratique et national contre le régime policier et l’occupation étrangère fut écrasé par les chars.
Dans cette souricière, Mátyás et János, dit « le petit Jáni », alors âgé de seize ans, tentèrent d’échapper aux soldats et de fuir la capitale mais, très vite capturés, ils furent parqués avec d’autres jeunes Magyars dans un train en partance pour la république socialiste soviétique d’Ukraine et la gare de tri d’Uzhgorod, ville frontière subcarpatique, première étape de la déportation. Fort heureusement, dans la confusion générale, des combattants Hongrois embusqués parvenaient encore à ouvrir les wagons en montant dessus au moment du départ et à libérer, au péril de leurs vies, la jeunesse captive.
Ainsi sauvés, les deux frères avaient pu rejoindre la frontière autrichienne, non sans tourments cependant. Sur les voies de circulation, les soldats de l’Armée rouge, même cantonnés au seul espace de leurs blindés, rendaient la tâche périlleuse et la confrontation aléatoire. Ils pouvaient tout autant tirer sur les réfugiés que les laisser passer, parfois contre de l’argent, parfois simplement attendris par les enfants ou des albums photos qu’on leur présentait. Certains encore, affairés au pillage des campagnes, ne prêtaient aucune attention au peuple en déroute. Le hasard permit que, moyennant le troc de leurs montres, Mátyás et János parvinrent à franchir un barrage quelques kilomètres avant le Burgenland où ils trouvèrent là des passeurs pour les mener vers la frontière Autrichienne. Dans cette campagne marécageuse, les huit kilomètres qu’ils eurent à parcourir à pieds et dans la hâte se montrèrent particulièrement pénibles et exténuants.
Enfin, au bout du chemin et à la nuit tombée, ils passèrent en Autriche par un pont en bois, le Pont d’Andau, sur le Canal de Einser.
Ils l’avaient franchi en courant, avec treize autres compagnons d’infortune dont trois enfants bâillonnés, affolés par le sifflement des balles.
De fugitifs ils étaient devenus réfugiés.
Quelques jours seulement après leur passage, le Pont d’Andau était détruit par l’armée soviétique.

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