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Faire découvrir, faire comprendre, faire aimer la Hongrie et Budapest

Vues de Budapest - Hongrie

Faire découvrir, faire comprendre, faire aimer la Hongrie et Budapest

Imre Kertész : Discours de Stockholm - 2002 - #3

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Publié le 17 Juillet 2008 sur le blog de Flora (Rozsa Tatar)

Un grand merci à Rozsa de m'avoir autorisé à reproduire sa traduction!

http://rozsaflo.blogspot.fr

http://flora.over-blog.org

Je relate ce moment intense comme je l'ai vécu; comme si sa source, jaillissant comme une vision, se trouvait à l'extérieur et non à l'intérieur de moi. Chaque artiste connaît des moments semblables. Jadis, on les appelait inspiration inattendue. Cependant, ce que j'ai vécu, je ne classerais pas parmi les sensations de nature artistique. Je l'appellerais plutôt éveil existentiel. Il ne m'a pas offert mon art dont je devais chercher les outils encore longtemps, mais ma vie que j'avais presque perdue. Il parlait de la solitude, de la vie plus dure, de ce que j'avais évoqué au début : sortir du défilé envoûtant, de l'histoire qui vous prive de votre personnalité et de votre destin. Je me suis aperçu avec frayeur qu'à peine une décennie après mon retour des camps de concentration, un pied dans l'effroyable envoûtement de la terreur stalinienne, il ne m'en restait déjà plus qu'une impression trouble et quelques anecdotes. Comme si c'était arrivé à quelqu'un d'autre, selon l'expression convenue. Bien évidemment, ces moments visionnaires ont leurs longues prémices que Sigmund Freud remonterait probablement à l'inhibition d'un événement traumatique. Qui sait, il aurait peut-être raison. Comme je suis adepte du rationalisme, très éloigné de tout mysticisme ou d'exaltation, si je parle de vision, j’y entends une sorte de réalité tout de même qui aurait emprunté la forme du surnaturel; l'émergence subite, quasi révolutionnaire d'une pensée depuis longtemps en gestation en moi, exprimée par l'antique cri "Eurêka!". "J'ai trouvé!" Mais quoi au juste? J'avais dit que le socialisme signifiait pour moi la même chose que la madeleine trempée dans son thé pour Proust, ressuscitant soudain les saveurs du passé. Avant tout pour des raisons de langue, j'ai décidé de rester en Hongrie après l'écrasement de la révolution de 1956. Cette fois-ci, c'est en adulte et non pas comme enfant que j'ai pu observer le fonctionnement d'une dictature. J'ai vu comment on contraint un peuple à renier ses idéaux, j'ai vu les débuts prudents du compromis, j'ai compris que l'espoir était l'instrument du Malin, que l'impératif catégorique de Kant, l'éthique n'est autre que la servante docile de l'instinct de survie.

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